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Interview de Hugobiwan Zolnir, fondateur de la bibliothèque francophone

Par eboyer le 10 septembre 2008 Un commentaire

Dans la vraie vie, il se nomme Hugues Aubin, il est chargé de mission TIC à la ville de Rennes. Mais sur Second Life, son alter ego s’appelle Hugobiwan Zolnir, et il est le fondateur de la bibliothèque francophone (née en février 2007), hébergée par Emmen Tal sur l’île « Ebeoplex », elle-même sise dans l’archipel « Territoire Digital ». Il nous explique, au travers de cette interview, comment, et pourquoi est né ce grand projet :

Montparnasse Belgar : Qu’est-ce qui vous a attiré sur Second-Life ?
Hugobiwan Zolnir :  Je travaille en lien avec Internet depuis 1994. Et de manière autodidacte je m’intĂ©resse depuis ce moment lĂ  aux services Ă©mergents. Lorsque la vague mĂ©diatique a parlĂ© de Second Life, je me suis crĂ©Ă© un compte pour y aller voir. L’attraction de ce monde a Ă©tĂ© pour moi le principe que tout y est crĂ©Ă© par les internautes. Et l’idĂ©e que l’on puisse parcourir ce monde en immersion me fascinait (et me fascine toujours). J’Ă©tais particulièrement avide de voir ce que SL permettrait en terme de communication avec l’extĂ©rieur. En outre, il me paraissait Ă©vident que comme sur le web 2D, je trouverai des passionnĂ©s de livres ; et j’ai donc, au troisième jour, demandĂ© oĂą se trouvait la bibliothèque…

MB : Et il n’y en avait pas ?
HZ : C’est ce que m’a appris celui qui aujourd’hui, est devenu notre mĂ©cène : Emmen Tal ; que j’ai rencontrĂ© par hasard dans une galerie dans laquelle j’avais placĂ© un blogmic (micro envoyant des textes Ă  la volĂ©e sur les blogs). Il m’a allouĂ© un premier terrain sur lequel nous nous sommes implantĂ©s. Mais au dĂ©part l’idĂ©e Ă©tait pharaonesque, puisque je voulais faire une bibliothèque avec toutes les rĂ©fĂ©rences ISBN, des Ă©tages, la nomenclature idoine, etc.

MB : Ce n’est pas le but premier de la bibliothèque francophone…
HZ : je suis allĂ© visiter la zone internationale de la library 2.0 (le top !), et j’ai bloguĂ© mes illusions. Mais vite, j’ai appris sur notre petit prĂ© vide que le potentiel Ă©tait beaucoup plus dans la relation entre personnes passionnĂ©es par le livre, que dans le catalogue !
On a donc construit un premier bâtiment, puis on a lancĂ© les « poèmes masquĂ©s », codĂ© wikipedia, installĂ© des tĂ©lĂ©ports vers des lieux culturels, et contactĂ© au culot des artistes de niveau mondial afin d’exposer leurs prototypes de lecture. Le premier de ce niveau fut “esselle text expresso” de Frans Charming, second prix mondial du concours “livre” dans SL en 2006.

MB : Comment la bibliothèque s’est elle développée ?
HZ : Une première rĂ©union se fit sur un livre volant au dessus d’un prĂ©, et nous Ă©tions 12. A l’Ă©poque nous faisions beaucoup d’orientation vers l’accueil francophone Gaia.
Mais nous avions dĂ©jĂ  rencontrĂ© des amis Ă©trangers. Ce qui fait que nous avons organisĂ© une rencontre entre français et italiens et allemands : tous des bibliothèques non officielles a but non lucratif. Puis la première confĂ©rence a eu lieu, avec l’auteur du livre “Gutenberg 2.0″, Lorenzo Soccavo. Le succès de cette confĂ©rence nous a amenĂ© Ă  ĂŞtre contactĂ© par des artistes rĂ©els entrant dans second life, et aujourd’hui de renom, comme Mariaka Nishi, ou Yannminh McDowwll La coopĂ©ration francophone nous a Ă©galement Ă©paulĂ© en relayant nos panneaux et affiches. Cela nous a encouragĂ©s Ă  dĂ©velopper le groupe, et Ă  structurer la forme en thĂ©matisant les espaces.

MB : Comment avez-vous financé ce projet ?
HZ : Nous comptions chaque Linden dollar. Seule une tirelire amenait l’argent pour payer les uploads. Chaque linden servait a uploader une texture pour les poèmes, livres et affiches. Je ne me souviens pas avoir achetĂ© quoi que ce soit avant septembre 2007 !

MB : Vous évoquiez les Poèmes masqués, de quoi s’agit-il ?
HZ : l’opĂ©ration poèmes masquĂ©s a consistĂ© Ă  ĂŞtre des sortes de “prĂŞtres”. Les avatars n’ont pas l’anonymat, puisqu’ils ont une rĂ©putation. Donc, ils ont autant de retenue que dans la vraie vie pour s’exprimer. L’idĂ©e de “poèmes masquĂ©s” c’est que tout avatar peut nous dĂ©poser un poème sous anonymat (ou pseudo bidon). Nous le mettons en page et l’exposons en garantissant l’anonymat. Nous en avons eu suffisamment pour relier un livre 3D (nous avons codĂ© notre propre modèle). Ensuite nous avons lancĂ© une souscription en dollars virtuels pour un premier recueil de nouvelles (de Robert Tach), reliĂ© dans le script de livre 3D de Coulaut Menges.

MB : Entre la première Bibliothèque Francophone et l’actuelle, il y a un monde… Que s’est-il passé ?
HZ : nous avons sur cette première biblio installĂ© des prototypes, organisĂ© des soirĂ©es. Mais très vite nous avons exposĂ© des artistes, et aussi mis des modules pour des collectifs. Ce qui a fait que nous avons toujours (et c’est encore le cas) Ă©tĂ© en rupture de capacitĂ© technique en terme de prims (volumes constructibles). L’arrivĂ©e de Coulaut Menges comme bĂ©nĂ©vole a changĂ© la donne, car Coulaut a du temps. Et le temps est ce qui est le plus prĂ©cieux avec la capacitĂ© relationnelle et d’apprentissage, qu’il possède aussi. Son arrivĂ©e a permis d’avoir une quasi-permanence en journĂ©e entre juin et dĂ©cembre 2007. Puis le concours organisĂ© par le crĂ©dit agricole nous a dotĂ© d’un « trĂ©sor de guerre » qui nous a Ă©tĂ© très utile.
A ce moment lĂ , nous Ă©tions en lien avec de gros collectifs de builders comme Cre@ction, ainsi que pas mal de professionnels. Donc il Ă©tait clair qu’il nous fallait de la place, beaucoup plus de place ! En consĂ©quence, nous avons sollicitĂ© notre mĂ©cène, la library alliance (fĂ©dĂ©ration de plus de documentalistes et bibliothĂ©caires rĂ©els dans SL), et d’autres amis…

MB : Mais aujourd’hui, vous vous retrouvez encore Ă  l’Ă©troit ?
HZ : Oui : par exemple, pour la performance live que nous faisons avec le théâtre Paris Villette le 8 octobre, il nous faut escamoter notre amphithéâtre volant. Pour le « Reality festival » Ă  Paris, nous devons enlever une partie de l’espace presse, etc.
A ce jour nous avons organisé de nombreuses conférences dont certaines rl/sl, avec des professeurs, écrivains, réalisateurs, architectes IRL, designers, etc. Et nous avons encore beaucoup de dates en attente.
Mais autour de nous la vivacitĂ© de la communautĂ© dans le domaine culturelle est intense : les avatars crĂ©ent des associations “rĂ©elles”, les festivals commencent Ă  s’intĂ©resser au phĂ©nomène et Ă  y mettre de l’argent. La barre est donc haute. Notre chance, c’est d’ĂŞtre partis tĂ´t, et donc de connaĂ®tre infiniment plus de personnes compĂ©tentes que notre Ă©quipe !

MB : concrètement, que faudrait-il pour que la Bibliothèque Francophone soit idéale?
HZ : La BF idĂ©ale a un symbole graphique dans tous les environnements sociaux multi utilisateurs, en cliquant ce symbole une information multilingue guide les Ă©trangers vers des ressources linguistiques (podcasts). Elle organise des Ă©vĂ©nements partagĂ©s en “real life” avec de nombreux partenaires cinĂ©mas, théâtres et amphis d’enseignement. Elle peut se permettre des folies crĂ©atrices de ceux qui peuvent s’y exprimer sans droit d’entrĂ©e. Elle combine performance artistique et accès Ă  des ressources textuelles et multimĂ©dia francophones. Elle repose sur un principe de promotion de la crĂ©ation francophone sans logique pĂ©cunière, et dispose d’une Ă©quipe Ă  plein temps capable de rayonner via Internet, sur place dans les Ă©vĂ©nements. Elle rassemble ses membres une fois par an dans un pique nique gĂ©ant…
Nous avons interfacĂ© dans un prototype 20 000 titres libres de droits en texte intĂ©gral, issus du projet mondial gutenberg.org, Ă©galement rĂ©alisĂ© un prototype d’envoi de tĂ©lĂ©chargement sur mobile depuis Second Life.
Nous avons de nombreux projets que l’on nous propose, souvent des acteurs importants et “rĂ©els”, mais nos moyens sont nos nuits blanches !

MB : Justement, j’allais venir Ă  ça : ça doit prendre un temps infini de programmer tout ça, non, de gĂ©rer, d’installer les expos, de faire les liens avec le projet Gutenberg… Ça  prend quelle part de votre vraie vie ?
HZ : Environ 15 heures par semaine, maintenant ! Depuis quelques mois nous avons quadruplĂ© l’Ă©quipe. Elle compte dĂ©sormais Ange Zanetti, le scripteur, Mallory Destiny, qui sait tout faire, et Coulaut, qui est un ancien et participe Ă  des ateliers d’Ă©criture. Il sait scripter, builder… De plus, nous avons des membres du groupe qui se dĂ©placement physiquement pour rencontrer les confĂ©renciers qui ne sont jamais allĂ© dans SL. Nous avons mis en place un système simple : avatar confĂ©rencier, flyer, prĂ©paration du diaporama, diffusion du communiquĂ©, rendez-vous IRL avec la personne, photos, compte rendu, blog, etc.
La confĂ©rence de VĂ©ronique Aubouy a par exemple Ă©tĂ© intĂ©gralement enregistrĂ©e en son pour rediffusion sur notre blog Ă©galement. Nous pouvons mobiliser des bĂ©nĂ©voles jusqu’Ă  deux semaines sur site !

MB : Pour finir, et à l’adresse de tous les réfractaires aux univers virtuels, la BF existe aussi au format blog…
HZ : Oui, et il est d’ailleurs nĂ© une semaine avant la bibliothèque. Son adresse Internet est http://sldirect.Blogspot.com. Tout y est, y compris l’expression de l’idĂ©e avant la construction du premier prim. Mais j’espère qu’une bonne fĂ©e comprendra l’importance de disposer d’un point de contact francophone en mondes virtuels, et nous octroiera des moyens pour dĂ©velopper ses nombreux axes. Nous devons parfois prendre un jour de congĂ© pour faire une performance sur Paris ou Lyon, en lien avec une bibliothèque ou un théâtre rĂ©el, mais quelle aventure !, Quelles rencontres ! Les artistes que nous connaissons sont exceptionnels, et nous espĂ©rons pouvoir leur offrir des fenĂŞtres vers le public rĂ©el…

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