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Parc des Arts sur Second Life, et bientĂ´t ailleurs…

Par eboyer le 21 novembre 2008 2 commentaires

Yperfokal Allen et Formentera Voom sont les deux « patrons » du Parc des Arts in SL. Montparnasse Belgar les a rencontrés et cuisinés sur leurs activités, ainsi que leur vision du monde virtuel de Linden Lab. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que leur regard est plein de recul, et qu’ils ne mâchent pas leurs mots ! Entretien…

Montparnasse Belgar : PrĂ©sente-moi Le parc des Arts…
Yperfokal Allen : le parc est le fruit de la rĂ©union du travail de deux groupes : Imaginart et Mecenart. Nous avions crĂ©Ă© des groupes Formentera Voom et moi, afin de prĂ©senter le travail d’artistes. Notre dĂ©marche de dĂ©part Ă©tait diffĂ©rente. « Form » (qui est aujourd’hui notre prĂ©sidente) travaillait dĂ©jĂ  bĂ©nĂ©volement avec des associations in Real Life, qui aident Ă  la diffusion d’artistes. Ce qu’elle a fait ici est la continuitĂ© de sa passion RL. Moi j’Ă©tais lĂ  pour travailler le design, et utiliser Second Life comme un support de crĂ©ation pour mon job (je suis designer et architecte d’intĂ©rieur). Mais je n’utilisais que peu de place et peu de prims. Alors j’ai commencĂ© Ă  monter un espace sur une « sky » pour prĂ©senter le travail d’artistes que je connaissais. Ceci sans aucun lien d’argent…
Puis j’ai achetĂ© un terrain plus grand…

MB : Une forme de mécénat, donc ?
YA : Disons que c’est en quelque sorte un usage SL du dĂ©veloppement durable… J’ai eu besoin de place pour mon job, alors je me suis demandĂ© « pourquoi ne pas partager ce que j’avais, et le mettre Ă  disposition des autres ? » Donc je prends ce dont j’ai besoin, et le reste je le laisse Ă  d’autres crĂ©atifs.
Un jour une personne « Cherry Manga » a offert un terrain a Formentera pour qu’elle puisse dĂ©mĂ©nager Imaginart dans un environnement plus lĂ©ger que celui oĂą elle Ă©tait. Parce que le problème de Second Life, c’est que du jour au lendemain, tu peux avoir une Sim de guerre a cĂ´tĂ© qui s’installe en RolePlay… Avec son lot de bĂ©ton et chars d’assaut !
Avoir deux groupes ne servait a rien, sinon Ă  se sentir chef et important ! Nous avons donc mis fin Ă  nos groupes respectifs au profit d’une solution collective : l’association Parc des Arts, oeuvrant autour de la promotion et de la diffusion de l’art. Les valeurs et les objectifs Ă©taient Ă  prĂ©sent les mĂŞmes ! Beaucoup de personnes nous ont aidĂ©s, encouragĂ©s…
Et puis, on c’est dit qu’il Ă©tait dommage de rester loin, l’un de l’autre. Alors j’ai lâchĂ© mes locations pour acheter ici, avec elle. Nos deux identitĂ©s sont bien lĂ , mais nous les avons gĂ©rĂ©es en harmonie. La suite tombe sous le sens…

MB : Il existe plein d’autres galeries francophones d’art sur SL, pourquoi n’avoir pas tous fusionnĂ©?
YA : Il y a, Ă  mon sens, trois mĂ©thodes et trois esprits : la première est une galerie au sens propre du terme, avec pour but la vente d’oeuvres d’art. Nous, nous avions choisi de ne pas faire de business, ce qui est une parfaite utopie ! Nous avons peu de moyen, et mettons ici tout notre budget. Nous payons avec Formentera une location de près de 350 euros par mois, soient 15% de nos revenus…
Le second type de galeries est plutĂ´t une galerie au service d’une personne en particulier. Il y a des endroits superbes comme l’ile Moya. LĂ , pas de soucis : il y a un concept, un artiste, du fond, de la forme, et c’est très bon. Il existe aussi des endroits oĂą tout un chacun peut monter sa propre galerie au service de son ego, pour se faire plaisir… Toutefois, c’est dangereux, car il y a beaucoup de flatteurs sur Second Life. Il est facile de s’entourer de gens qui flattent, et beaucoup plus difficile d’accepter une critique, un avis, et de continuer Ă  travailler !

MB : Ce qui est Ă©trange… Dans la mesure oĂą justement, on pourrait facilement -en tant qu’anonyme- balancer pas mal…
YA : Oui, mais c’est  l’inverse qui se produit, quand on ne connait pas grand-chose (rires) ! Un peu comme le roi et sa cour, donc… Il est plus facile de dire: “Oh, bravo, c’est sublime!!!”, que de construire une remarque et de l’argumenter. Non, il ne faut pas y voir des enjeux : les gens sont sur SL dans des buts diffĂ©rents. Certains pour y vivre d’autres choses, et d’autres sont sur SL comme en RL, chacun dans son registre.

MB : On ne va pas citer de noms, si?
YA : Tu connais la cĂ©lèbre phrase : « Les hommes aux valeurs humaines, intelligents et soucieux des autres se reconnaitront Ă  l’inverse des mots dictĂ©s ici, les imbĂ©ciles imagineront sans doutes que l’on parle des autres… »

MB : Hum, bon… Et le troisième type de galeries ?
YA : Ce sont des endroits comme la bibliothèque francophone, ou les galeries crossworld. Ce sont des lieux ou l’on recherche la qualitĂ©, oĂą l’on veut faire dĂ©couvrir l’art sous diffĂ©rentes formes, avec des techniques diffĂ©rentes. Nous avons souvent ouvert la porte pour chercher des moyens de relier ces univers. C’est difficile, car il y a de tout cotĂ© de fortes personnalitĂ©s, et chacun craint de perdre quelque chose…

MB : Mais Ă©trangement, on retrouve dans chacune des ces formes de lieux d’exposition des artistes rĂ©currents, comme par exemple Frao Ra, qui a crĂ©Ă© le lampadaire sur lequel nous sommes assis…
YA : Oui, alors ça -Frao Ra mis Ă  part- c’est un des problèmes de SL !  Il fait partie du groupe depuis longtemps, et nous a aidĂ©s Ă  concevoir ce lieu. Il n’expose pas les mĂŞmes choses, mises Ă  part quelques pièces, sinon, il recrĂ©Ă© avec son identitĂ©. Alors pour ĂŞtre honnĂŞte, c’est vrai que ça gravite souvent autour des mĂŞmes personnes, qui tournent de galerie en galerie…
PrĂ©senter des choses diffĂ©rentes dans des endroits diffĂ©rents, c’est parfait : Frao Ra, Aristide Despret, pas de problème ! Mais prĂ©senter les mĂŞmes choses pendant un an, sans rien faire de nouveau et Ă  plein d’endroits diffĂ©rents, cela n’a aucun intĂ©rĂŞt. Et c’est souvent le fruit de personnes qui n’ont pas particulièrement du talent…
Cela pose aussi le problème des droits d’auteur. Nous avons souvent vu des personnes utiliser des photos prises sur Internet, et les prĂ©senter sur SL sans donner le nom de l’auteur, ou encore des personnes utiliser des oeuvres faites par d’autres dans un autre contexte. La technologie s’y prĂŞte, alors forcĂ©ment, il y a des abus… C’est le danger ! Ici, nous veillons Ă  cela. Nous faisons venir sur Second Life des artistes qui n’y sont jamais venus. D’ailleurs, la plupart des expos en ce moment sont celles d’artistes qui ne sont jamais venus sur SL.
Nous sommes partenaires et reprĂ©sentants de l’association UPC, une association de photographes-auteurs, qui dĂ©fendent entre autres le droit d’auteur. Il faut ĂŞtre très vigilent, tu sais ? Ici, le dĂ©rapage est facile. Et ĂŞtre en dĂ©saccord avec quelqu’un peut donner des rĂ©sultats inattendus ! Je ne rentrerai pas dans le dĂ©tail…

MB : J’ai cru constater, effectivement… ça m’a surpris que ce qui peut se dĂ©rouler parfois dans la vraie vie puisse aussi arriver sur SL!
YA : C’est pire sur SL ! Les mots vont plus loin ! Dernièrement, sous prĂ©texte que je demandais des explications aux organisateurs d’une expo qui ont utilisĂ© des oeuvres SL qui ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©es pour l’exposition permanente « PrĂ©vention sida », nous avons Ă©tĂ© traitĂ©s de « secte et de nazis »… Les mots vont loin ! Il serait beaucoup plus difficile de dire cela de vive voix. Or, tu l’as vu sur notre site : les statuts y sont, les comptes sont clairs, nous n’avons pas d’intĂ©rĂŞts persos, et sommes ouverts Ă  la critique. J’ai mis six mois pour rĂ©aliser le concept des salles d’expo. Alors reprocher aux autres ce que l’on fait soi mĂŞme, c’est de la propagande !
En fait, la question est la suivante : peut-on faire sur SL n’importe quoi, peut-on dire et faire les choses sans Ă©thique ? La loi est-elle ici « le non respect des droits Ă©lĂ©mentaires » ? Chacun fait son choix. Donc pour rĂ©pondre Ă  ta question sur les autres endroits et les alliances possibles, je pense qu’il faut des choses diffĂ©rentes, mais de qualitĂ©. Je pense qu’il faudrait organiser un rĂ©seau, afin de mettre en commun un certain nombre de moyens. Nous ouvrons la porte depuis le dĂ©but. Certains nous rejoignent…
Je vais te donner un exemple : nous rĂ©flĂ©chissons Ă  la possibilitĂ© de monter notre propre grid, hĂ©bergĂ©e sur notre propre serveur. Tous ceux qui le souhaitent peuvent participer au projet, y compris des personnes qui ne font pas parti de l’association. Nous avons crĂ©Ă© sur le forum interne de l’asso une page spĂ©cifique pour donner accès aux non-membres, par le biais d’un code. Nous mettons en commun les ressources et les recherches, peu importe que d’autres copient, au contraire ! Tous ceux qui participent comprennent l’importance de partager. Nous testons en ce moment, mais l’idĂ©e est de fĂ©dĂ©rer. Chacun gardera son identitĂ©, il n’y aura pas de règles ni de lois, mais chacun respectera une Ă©thique et des buts communs : pas d’argent, mise en commun des ressources (build, textures, scripts…). On ne sait pas si on va rĂ©ussir. Mais comme on dit : “s’ils avaient su que c’Ă©tait impossible, ils ne l’auraient pas fait”.
Nous donnons des sims de 45000 prims, alors il faudra jouer le jeu, et ne pas dépasser la ligne rouge !

MB : La ligne rouge, sur ce nouveau projet, c’est quoi? Éviter les excès rencontrĂ©s sur SL?
YA : C’est la mĂŞme que sur Second Life : Nous n’avons eu depuis un an qu’un seul gros problème (avec les deux personnes prĂ©citĂ©es). Nous avons souvent des dĂ©saccords, mais ça c’est normal : c’est un Ă©change, sans complaisance et sans animositĂ©. Les personnes qui sont avec nous vont dans le mĂŞme sens. Nous ne laisserons pas effectivement les dĂ©rives de SL s’installer. Il n’y aura pas d’argent, pas de maison Ă  louer, et s’il y a des maisons, chacun pourra y passer un moment avec ses amis. Il y aura des endroits pour builder, faire de la recherche, crĂ©er, mais sur des Sky. Le niveau au sol doit ĂŞtre nickel. Nous aurons des visiteurs extĂ©rieurs au mĂ©taverse, et nous devrons montrer ce que l’on fait de bien, par respect pour les autres.
On n’invente rien tu sais, c’est juste une question de respect ! Imagine un artiste expose. Il fait venir des personnes qui souhaitent lui acheter une oeuvre ou soutenir son travail, et juste Ă  cĂ´tĂ©, on a un type qui met au point un jeu de lumières type boite de nuit. Il va desservir le copain d’Ă  cotĂ©, alors que l’on va offrir aux constructeurs scripteurs une Sky pour bosser, oĂą ils pourront faire ce qu’ils veulent sans gĂŞner personne, tout en pouvant nous aider en adaptant a nos besoin leurs recherches !

MB : J’en reviens Ă  ma question initiale… Que peut-on trouver au parc des Arts actuellement?
YA : nous avons sur le palais Imaginart une rétrospective du peintre Rodriguez, 15 exposition de photographies qui sont issues de notre tout nouveau festival « Les 60ième de la photographie », en partenariat avec l’UPC.
Nous avons voulu trois thèmes ici, en permanence et en parallèle à l’art : l’information et la prévention SIDA, gérée par Anisette Indigo, où nous présentons des éléments des campagnes des deux associations AIDS, et Sida info service. En parallèle nous demandons à des artistes de porter un certain regard. Cela permet d’être un peu plus pertinent sur le message.
Ensuite nous avons une exposition sur le même principe, faite avec l’association MFQ (Mouvement Français pour la Qualité) sur le développement durable. Les panneaux sont faits.
Reste les crĂ©atifs…
Et enfin, une autre expo sur la tolĂ©rance, rĂ©alisĂ©e par Aristide Despret, et qui se trouve sur la SIM d’eau en Openspace que tu trouveras juste Ă  cĂ´tĂ© de la nĂ´tre. On ouvre cette expo dans quelques jours ! Nous avons aussi une exposition collective qui se nomme « Mot Ă  maux », dont la conception permet d’avoir du texte, de la mise en scène et de l’interprĂ©tation.

MB : Donc vous êtes vous aussi touchés par les nouveaux tarifs des Lindens sur les openspaces…
YA : Oui, et on ne pourra pas tenir longtemps. Nous n’avons pas, comme de nombreux autres, (je pense a notre amie Willow Ahn), les moyens de poursuivre dans ces conditions. Nous devrons y mettre fin. C’est du gâchis, mais Linden Lab est une entreprise, qui utilise des mĂ©thodes d’entreprise, avec des objectifs d’entreprise. Nous sommes en dehors de cette vision des choses ! On aurait du se mĂ©fier ! Ceci Ă©tant, la mĂ©thode utilisĂ©e est immonde : ouvrir les vannes openspaces, laisser les gens s’investir, vendre 10 000 ou 20 000 lowsims, puis relancer la vente sur les fullsims, c’est techniquement malin, logique, mĂŞme, mais commercialement suicidaire ! On dĂ©prĂ©cie la monnaie, on fait rentrer des devises et hop ! On remonte !
C’est une vision Ă©conomique pour rentrer du cash, mais ce qui est inquiĂ©tant, c’est qu’il s’agit d’une mĂ©thode utilisĂ©e en cas de grosse difficultĂ©. Ils doivent ĂŞtre Ă  l’agonie pour l’avoir employĂ©e !
On doit désormais s’organiser afin de ne pas subir la prochaine fois… Car c’est évident que ça va recommencer ! A nous de prévoir ! A mon avis, l’avenir est en métagrid, et pas forcément sur SL. Alors c’est sûr qu’il va falloir accepter de ramer, mais le faire ensemble ! Il y a toujours des solutions, c’est la volonté qui manque, le plus souvent…

MB : J’ai vu (sur votre site web) que vous Ă©tiez constituĂ©s en asso loi 1901. C’était une obligation?
YA : On ne veut pas rester seulement sur SL, mais s’ouvrir et monter des expositions RL, et sans doute aussi monter une grid. Cela ne veut pas dire qu’on va quitter Second Life, oĂą l’on aura toujours une vitrine, mais nous allons transfĂ©rer des moyens dans un espace ou l’on pourra travailler… Et manger en mĂŞme temps ! Ce sera moins couteux, pour nous, de louer un serveur. Car nous voulons aussi rester indĂ©pendants, avec le moins de sponsors possibles !
Il y a une semaine, nous nous sommes tous rencontrĂ©s Ă  l’association, sur Bordeaux. C’est une belle histoire qui a commencĂ© ici, sur SL. Nous avons des membres Ă  Paris, Strasbourg, des membres actifs en Hollande, en Espagne, en Italie… C’est une association Internationale !

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2 commentaires »

  • Minou dit :

    n’hesitez pas a visiter le site http://www.parcdesarts.com, vous trouverez plein de choses :)

  • guillaume dit :

    Bonjour,
    Par oĂą commencer?…Bon: mon mari Ă©tait artiste peintre et il est dĂ©cĂ©dĂ© en mars 2008. Je suis sur SL et je fais, entre autre, le tour de toutes les galeries.
    J’aimerais pouvoir exposer les toiles de mon mari sur SL, mais je ne sais pas si c’est possible (belge), ni comment faire.
    En vous remerçiant par avance.
    Avatar: Jylou Albatros

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